Une génération sous tension
Dans une société obsédée par la productivité, la compétition et la réussite individuelle, la jeunesse évolue dans un climat où l’échec n’est plus une étape mais un stigmate. Loin de vivre une adolescence insouciante, beaucoup de jeunes avancent avec une pression constante sur les épaules : réussir ses études, se construire un avenir stable, être performant, compétitif, irréprochable.
Le culte de l’excellence n’épargne personne. Il se décline dans les bulletins scolaires, les concours, les choix d’orientation, mais aussi dans le sport, les loisirs ou les réseaux sociaux. À la moindre baisse de régime, c’est la peur de « rater sa vie » qui surgit. L’anxiété devient alors un compagnon de route invisible, mais omniprésent.
La réussite comme injonction sociale
Depuis l’enfance, les jeunes entendent un discours répété : il faut réussir. Réussir à l’école, réussir dans sa carrière, réussir sa vie personnelle. Cette notion de réussite, souvent réduite à des critères extérieurs (notes, diplôme, statut, revenus, image…), crée une norme étouffante. Elle laisse peu de place à la singularité, au doute, à l’erreur, à la lenteur.
Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène : ils exposent les parcours apparemment parfaits de jeunes entrepreneurs, d’étudiants modèles, de « self-made » influents. Chaque réussite affichée devient un miroir déformant dans lequel beaucoup ne se reconnaissent pas. La comparaison permanente nourrit le sentiment d’être en retard, insuffisant, pas « à la hauteur ».
L’anxiété de performance : un mal silencieux
Ce climat de compétition a un coût : celui de la santé mentale. L’anxiété de performance touche de plus en plus de jeunes, parfois dès le collège. Il ne s’agit plus seulement de stress ponctuel avant un examen, mais d’un état prolongé de tension psychologique, où la peur de l’échec devient paralysante.
Cette anxiété peut se manifester par des troubles du sommeil, des crises d’angoisse, une fatigue chronique, une baisse d’estime de soi, voire des symptômes dépressifs. Certains jeunes développent une phobie scolaire ou abandonnent des études pourtant brillantes, rongés par la pression. D’autres adoptent des stratégies d’évitement : procrastination, perfectionnisme extrême, auto-sabotage.
L’échec : un tabou à déconstruire
Dans ce contexte, l’échec est perçu non comme une expérience formatrice, mais comme une menace existentielle. Il est vécu avec honte, parfois caché, nié, ou dramatisé. Cette peur panique de l’échec empêche les jeunes de prendre des risques, d’explorer, d’apprendre autrement. Elle enferme dans une quête impossible de perfection.
Il devient urgent de redonner à l’échec sa juste place dans le parcours d’apprentissage. Accepter de ne pas réussir immédiatement, reconnaître ses limites, recommencer autrement : autant d’étapes qui font partie intégrante de toute construction personnelle ou professionnelle. Les adultes, enseignants, familles, institutions ont un rôle crucial pour transmettre cette culture du droit à l’erreur.
Réinventer la notion de réussite
Face à cette tyrannie de la performance, il est essentiel de proposer aux jeunes une autre vision de la réussite. Une réussite qui ne se mesure pas seulement à des résultats chiffrés, mais à l’épanouissement personnel, à la capacité à créer du sens, à la qualité des relations humaines, à l’engagement dans la société.
Valoriser la curiosité plutôt que la conformité, le processus plutôt que le résultat, la persévérance plutôt que la perfection : ce sont autant de leviers pour apaiser les esprits et réhabiliter le plaisir d’apprendre et de progresser. Il ne s’agit pas de renoncer à l’ambition, mais de l’ancrer dans des valeurs plus humaines, plus durables, plus respectueuses de soi-même.
Vers une pédagogie de la bienveillance
Dans les établissements scolaires et universitaires, mais aussi dans les entreprises, il est temps de repenser les modèles de réussite. Cela passe par :
Des méthodes d’évaluation plus variées et formatives
Des espaces d’écoute et de soutien psychologique
Une reconnaissance des parcours atypiques
Une valorisation de l’effort, de la collaboration, de la créativité
Une attention particulière à la santé mentale des jeunes
La pédagogie de la bienveillance ne signifie pas l’abandon de l’exigence. Elle signifie reconnaître que l’on apprend mieux lorsque l’on se sent en sécurité, respecté, encouragé. Elle permet aux jeunes de déployer leur potentiel sans s’écraser sous le poids d’une pression inutile.
libérer la jeunesse du diktat de la performance
La jeunesse n’a pas besoin de perfection, elle a besoin de confiance. Elle a besoin qu’on lui rappelle que la valeur d’un être humain ne se réduit pas à un CV, un diplôme ou un nombre de vues. L’anxiété liée à la performance n’est pas une faiblesse individuelle, c’est le symptôme d’un modèle collectif qui épuise au lieu d’élever.
Changer ce modèle, c’est un devoir de société. C’est offrir à chaque jeune la possibilité de se construire à son rythme, selon ses talents, ses rêves, ses limites. C’est réconcilier exigence et bienveillance. C’est enfin redonner du souffle, de la liberté, et du sens à la notion même de réussite.
Anxiété